Quand Carcassonne battait monnaie

Quand Carcassonne battait monnaie

Quand Carcassonne battait monnaie

Battre monnaie est une prérogative régalienne. Seul le roi dispose de ce droit.  Avec l’affaiblissement du pouvoir des derniers carolingiens, et l’émergence des temps féodaux, les grands princes et grands seigneurs s’arrogent peu à peu ce droit. Les Trencavel ne font pas exception.
L’argent des Trencavel
Denier de Roger II Trencavel
Denier de Roger II Trencavel

L’une des premières contraintes pour battre monnaie à l’époque médiévale était de disposer de ressources minières en métaux précieux. C’était le cas pour les Trencavel qui avaient, au cours des XIe et XIIe siècles acquis des droits sur des mines d’argent situées au cœur de leurs différentes vicomtés : à proximité d’Ambialet (Tarn), à Villemagne-l’Argentière (Hauts-cantons de l’Hérault), dans les Corbières et le Cabardès. Ils possédèrent trois ateliers de frappe de monnaie, l’un à Albi, un à Béziers et un à Carcassonne. Ce dernier, créé par leurs prédécesseurs, existait depuis l’époque carolingienne (IXe – Xe siècle) et était contrôlé par les anciens comtes. Il était passé brièvement sous contrôle du comte de Barcelone et revint aux Trencavel lorsqu’ils prirent possession de la ville en 1082.

Le denier de Carcassonne
Denier de Roger le Vieux
Denier de Roger le Vieux

Inscrire son nom à l’avers de pièces de monnaie est un acte politique fort et une volonté d’affirmer sa puissance. Des derniers frappés au nom des vicomtes de Carcassonne jusqu’à la croisade ont été retrouvés dans le trésor monétaire mis au jour dans la cour du château comtal comme sur le site de Cabaret (Lastours). Cependant la diffusion de cette monnaie reste secondaire. En effet, c’est le dernier de Melgueil (Mauguio) dont l’atelier appartenait aux comtes de Toulouse qui prévalait dans les échanges commerciaux dans le Midi.

L’atelier monétaire de Carcassonne

Un document de 1125 mentionne la présence d’une tour « monetaria » (de la monnaie) que les spécialistes identifient comme l’actuelle tour de la Poudre, accolée au front ouest du château comtal. Dans un acte de 1159, Raimon Trencavel concède à Arnaud de Carcassonne, Guillaume Stephani et Pierre Guilelmi l’atelier monétaire et en encadre la production. Pour autant, ces mentions ne permettent pas de situer son emplacement.

Une monnaie au nom de Simon de Montfort
Le denier de Simon de Montfort
Le denier de Simon de Montfort

A l’issue de la croisade, la brève suprématie de Simon de Montfort lui donnera la possibilité de faire frapper monnaie à son tour mais la reprise en main de Carcassonne par le roi de France de la place-forte mettra définitivement fin à l‘activité monétaire de la cité médiévale. Cependant, en deux occasions, on observe une pâle copie de cet emblème de puissance.

Les bons de nécessité de 1914-1918
Pièce de 1F

Lorsqu’éclate la première guerre mondiale, en 1914, l’Etat français soucieux de conserver ses réserves d’or et d’argent dispense la Banque de France d’échanger ses billets contre des pièces de monnaie. Les particuliers lui emboîtent le pas, préférant conserver ces espèces sonnantes et trébuchantes dont la valeur ne risque pas de chuter. Pour le petit commerce local, c’est une catastrophe. Impossible de rendre leur monnaie aux clients. Restent bien ce que l’on appelle aujourd’hui les « pièces jaunes », dont la valeur s’élève de 1 à 25 centimes mais elles ne peuvent compenser l’absence des pièces d’argent de 50 centimes et de 1 franc. Les valeurs faciales des billets s’étagent quant à elles de 20 à 1000 francs.

Les chambres de commerce prennent le relais
Le billet de 1917 émis par la Chambre de Commerce
Le billet de 1917 émis par la Chambre de Commerce

Ce sont les associations locales de commerçants, puis les Chambres de commerce, qui trouvent la parade à la pénurie. En Août 1914, elles obtiennent du ministre des Finances l’autorisation d’émettre des bons d’échange ou billets de nécessité. Ces bouts de papier imprimés ne bénéficient d’aucune garantie de l’Etat. A Carcassonne, c’est le 23 Novembre 1914 que la Chambre de commerce décide, par délibération, d’imprimer des bons d’échange. Entre 1914 et 1922, elle fera imprimer à 4 reprises ces billets – qui n’en étaient pas – de 50 centimes et d’1 franc.

Les billets-souvenirs du XXIème siècle

Depuis peu, les boutiques de souvenir, notamment celle du Château Comtal, proposent des fac-similés de billets en euros aux couleurs de la Cité. Il ne s’agit que d’objets souvenirs imprimés par une imprimerie fiduciaire n’ayant aucune valeur autre que sentimentale.

Au XIIIe siècle, les deniers des Trencavel étaient décorés d’une simple croix. 700 ans plus tard, les billets de la Chambre de commerce et les billets-souvenirs arborent fièrement l’image de la Cité !

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