Carcassonne la romaine

Carcassonne la romaine
Saviez-vous qu’à l’époque de la Gaule romaine, il existait un service de poste qui desservait les principales cités de l’Empire ? Bien que ville secondaire, Carcassonne faisait partie du maillage comme en atteste un très ancien document, d’autant plus précieux que les mentions de la Cité sur cette période sont  très rares et qu’il faut avoir recours, pour en savoir davantage, aux découvertes archéologiques.

 

Carcassonne, de l’oppidum gaulois à la colonie latine

Avant la conquête romaine, l’oppidum de Carcassonne est déjà un carrefour commercial, situé sur un axe majeur d’échanges d’est en ouest et du nord au sud. La présence de céramique noire dite « campanienne » dans les niveaux archéologiques annonce, selon Jean Guilaine, « l’entrée en force du négoce romain » bien avant les conquêtes militaires. Les débuts de la colonisation romaine (118 av. J.C.) sont mal connus à Carcassonne. Ces campagnes militaires (125-121 av. J.C.) ont pour but de créer une liaison terrestre entre l’Espagne, déjà sous contrôle romain, et l’Italie : la future voie domitienne. C’est dans ce contexte qu’est fondée Narbonne, colonie romaine dès l’origine et capitale naturelle des territoires conquis par son ouverture sur la Méditerranée.

Stèle de Julius Caius Niger (Musée de Mayence)

Ce n’est qu’après les conquêtes de Jules César et l’organisation de l’Empire par Auguste que l’on voit mentionnée la colonie de Carcassonne, colonia Julia Carcaso (entre 27 et 13 av J.C.). Son apparition correspond à la création de la Via Aquitania, reliant Narbonne à Bordeaux, et dont Carcassonne est un jalon naturel. Pline l’Ancien (23-79 ap. J.-C.) cite, quant à lui, Carcaso Volcarum Tectosagum, du nom du peuple gaulois implanté dans la vallée de l’Aude et de la Garonne. Bien que bénéficiant de droits restreints en comparaison de Narbonne, Carcassonne fournit en hommes les légions romaines dont Julius Caius Niger, premier Carcassonnais dont l’histoire a gardé la trace.

 

Développement urbain et construction des remparts antiques.

Les fouilles archéologiques réalisées dans la Cité attestent de l’expansion et de planifications urbaines du plateau au début de l’Empire. Sous le château comtal notamment, d’épais niveaux de remblais témoignent de travaux de nivellement et d’extension vers le sud-ouest. Une villa au sol recouvert de mosaïque a été mise au jour, affirmant la présence d’une élite locale aisée. Des quartiers commerciaux ont été identifiés, confirmant la vocation essentiellement économique de cet oppidum sur le grand axe de la Via Aquitania. L’habitat situé au pied de la Cité et de part et d’autre de la voie se développe également. Carcassonne est donc une ville secondaire du maillage administratif et commercial de la Narbonnaise.

Détail de mosaique romaine retrouvée sous le château comtal(© Fabienne Calvayrac)
Détail de mosaique romaine retrouvée sous le château comtal(© Fabienne Calvayrac)
Tour gallo-romaine (©Ph. Benoist)
Tour gallo-romaine (©Ph. Benoist)

Aux IIIe et IVe siècles de notre ère, la dislocation du pouvoir et les invasions barbares conduisent à une réduction des échanges et à la fortification des cités. Carcassonne se protège également derrière des remparts maçonnés dont on voit encore de nombreuses traces dans les soubassements des remparts médiévaux et dans des élévations (remparts et tours) encore visibles sur le front nord. Un récit anonyme décrivant l’itinéraire d’un pèlerin de Bordeaux à Jérusalem en 333 mentionne le « castellum » de Carcassonne comme l’une des étapes sur le chemin qui conduit à la Ville Sainte. Cette dénomination pourrait attester de fortifications déjà en place.

Enfin, la célèbre Table de Peutinger, première carte connue par une copie du XIIIe siècle, localise toutes les étapes du réseau postal de l’Empire entre le Ie et le IVe siècle de notre ère. Carcassonne, simple mention entre Toulouse et Narbonne (représentées chacune par deux tours fortifiées), y figure modestement mais comme maillon stratégique du réseau impérial.

Table de Peutinger (Europe occidentale)
Table de Peutinger (Europe occidentale)

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