L’industrie drapière, un trésor pour Carcassonne sous l’Ancien Régime

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L’industrie drapière, un trésor pour Carcassonne sous l’Ancien Régime

On l’ignore souvent, mais Carcassonne a connu de très riches heures bien après le Moyen-Age : celles où la fabrication et l’exportation de textiles laineux ont été à l’origine de l’édification d’hôtels particuliers dans la bastide, plus vaste et plus aérée. Cette évolution s’est faite au détriment de la Cité qui s’est vue peu à peu désertée par ses plus riches habitants. Découvrez comment l’essor de l’industrie drapière a profondément remodelé l’Histoire mais aussi l’organisation de Carcassonne

La tradition du drap remonte très haut dans l’histoire de la ville. Dès le Moyen-Age, le troubadour Raimon de Miraval, chantait les «beaux et fins draps de Carcassonne ».  Il faut dire que toutes les conditions étaient réunies, la présence de massifs montagneux calcaires qui, faute de permettre de plus riches cultures, favorise l’élevage de moutons, la qualité des eaux pour nettoyer la laine … Tout était là, à deux pas. Dans la Montagne Noire et le piémont pyrénéen de la Haute-Vallée de l’Aude. Restait à développer les réseaux commerciaux pour favoriser cette activité.

Colbert et l’administration royale à la manœuvre

Ne manquait plus que l’impulsion politique. Elle vint de Colbert, contrôleur général des finances de Louis XIV à ses débuts, mais bientôt surintendant des Bâtiments et manufactures. C’est à ce poste, en 1666 qu’il va mettre en place des « réglements pour la manufacture de draps de Carcassonne, Cité, Saptes et Conques ». Fidèle à son image, l’homme d’Etat a tout fixé : l’organisation des corps de métiers, les normes de fabrication, la qualité des teintures… tout pour assurer le développement de l’industrie drapière et constituer ainsi une nouvelle richesse pour l’Etat français.

Les marchés du Levant, un Eldorado pour les drapiers Carcassonnais
Echantillons d’Etoffes et Toiles des Manufactures de France – 1737 (BNF)

Restait à identifier un marché pour ces productions de haute qualité. Il est tout trouvé : ce sera les pays du Levant où jusqu’alors marchands anglais et hollandais régnaient en maîtres. Pour les habitants de la lointaine et froide région d’Anatolie, Carcassonne va produire des draps lourds, résistants et de bonne qualité. La ville et ses environs obtiennent le monopole de ce marché qui va faire l’opulence de ses manufactures. Et quand les ressources en laine viennent à manquer, on en importe de l’Espagne, toute proche. Colbert exempte ces importations de taxes pour peu qu’elles soient destinées à cette activité qui participe à la prospérité de la France.

Les très riches heures de l’industrie carcassonnaise

C’est donc une économie florissante qui va s’établir. L’industrie drapière connaît un développement exceptionnel. Qu’on en juge : sur les 12 manufactures royales du Languedoc, 9 étaient implantées à Carcassonne même ou alentour.  Selon des historiens, au milieu du XVIIIe siècle, la ville comptait 8500 ouvriers et 35 marchands-fabricants.

8500 ouvriers et 35 marchands-fabricants

Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (BNF)

 

Le déclin de la Cité au profit de la ville basse
Les faubourgs de la Cité
(Editions CS)

Paradoxalement, cette épopée industrielle marque un tournant irréversible dans le destin de la Cité. Les manufactures ne peuvent s’y installer, trop à l’étroit au sein des remparts. Leurs riches propriétaires recherchent le confort et le luxe de vastes demeures nouvellement bâties. Au XVIIIe, les hôtels particuliers fleurissent dans la bastide ainsi que dans les faubourgs de la Cité, Trivalle et  Barbacane, qui assurent la jonction entre les deux parties de la ville.

 

Le Pont-Vieux, trait d’union entre Cité et Bastide (Ph. Benoist)

Les marchands ne sont pas les seuls à déserter la Cité. L’évêque réside dans la ville basse dès le XVIe siècle. Quant à l’église Saint-Nazaire, elle perd son statut de cathédrale au profit de Saint-Michel en 1801. L’industrie drapière aura donc porté un coup fatal à la Cité qui se voit supplantée par la bastide.

Au sein des remparts, la vie se réorganise autour des soldats et du petit peuple trop pauvre pour quitter l’orgueilleuse ville fortifiée.

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