Le roi du Papegay

Le roi du Papegay
Si les tours qui ponctuent les remparts de la Cité de Carcassonne ont chacune un nom officiel, soigneusement consigné par Jean-Pierre Cros-Mayrevieille sur le plan qu’il a établi au XIXe siècle, certaines bénéficiaient d’une appellation plus familière, en occitan, utilisée par la population de la Cité. C’est ainsi que l’intimidante Tour de la Vade répond également au nom plus chantant de Tour du Papegay. Ce nom est lié à une tradition festive de la Cité.
Un dispositif militaire de surveillance et de défense
Plan de la Tour de la Vade par Viollet-le-Duc (BNF)

Située sur l’enceinte extérieure, la Tour de la Vade constitue un élément essentiel de l’arsenal défensif de la forteresse royale. Après le siège mené par Raimon Trencavel en 1240 pour reprendre la Cité, Louis IX fait construire une deuxième enceinte autour de la Cité. A l’Est, la Tour de la Vade est conçue pour accueillir une garnison et pouvoir elle-même résister à un siège. Vaste, équipée d’un puits, d’une cheminée, de latrines, elle comporte cinq niveaux et offre une vue dégagée sur les alentours, permettant de surveiller un vaste territoire. C’est d’ailleurs l’accès le plus facile à la Cité du fait de la faible déclivité que présente la colline à cet endroit et les hommes de Trencavel ne s’y sont pas trompés, puisque c’est par là, secondés par les habitants du quartier Saint-Michel, qu’ils ont tenté d’investir la place-forte.

Un lieu de garnison et une formidable tour de guet
La Tour de la Vade à l’Est de la Cité (© CS Editions)

La riposte royale est brutale. Le quartier Saint-Michel est rasé et ses habitants sommés de s’installer loin des remparts autour desquels on fixe une zone de servitude militaire. Quant à la tour, achevée en 1245, elle sera désormais occupée en permanence par des soldats. Ceux-ci sont chargés de faire le guet à l’affût de toute incursion vers les remparts. D’où le nom de la Vade qui vient du mot occitan « badar » qui signifie regarder, observer. Mais leur mission ne s’arrête pas à la simple surveillance. Ils sont également censés résister, depuis leur poste avancé, à toute attaque. Parmi eux, on compte donc archers et arbalétriers.

Le Roi du Papegay, une tradition ancienne
Tour de la Vade (©Ph. Benoist)

C’est sans doute de cette spécificité que naît cette tradition annuelle. Chaque année, à Pentecôte, un perroquet de bois (papagai en occitan) est accroché au faîte de la tour qui, rappelons-le, est l’une des plus hautes de la Cité. Au pied de la Tour, dans les lices, on installe le Camp du Roi à partir duquel les arbalétriers, soldats comme simples habitants, se mettent au défi d’abattre l’oiseau. Un tirage au sort permet de désigner l’ordre dans lequel les champions tirent leur trait. Les consuls de la Cité assistent à l’épreuve. Le jeu pouvait durer huit jours tant le défi était difficile : il ne s’agissait pas simplement d’atteindre l’oiseau mais bien de le faire tomber au sol. Le vainqueur était proclamé Roi du Papegay et porté en triomphe aux cris de Vive le Roi et au son des tambours dans les principales rues de la Cité. Il conservait son titre pendant toute l’année et la fête se terminait autour d’un banquet. Les ethnologues ne précisent pas si le barde -pardon, le troubadour – participait aux agapes…

De cette tradition subsiste l’oiseau de fer qui surplombe la Tour de la Vade et l’étonnante fresque exécutée par le peintre Henri Pringuet dans l’ancien fumoir de l’Hôtel de la Cité.

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