La main de Sainte-Anne

La main de Sainte-Anne
C’est une curieuse histoire que nous rapporte l’examen des différents inventaires des reliques de l’ancienne cathédrale de Carcassonne, dressés au fil du temps. On y découvre que la vie d’une relique n’était pas forcément exempte de rebondissements.
La main droite de sainte Anne, mère de la Vierge Marie
sainte Anne et la vierge Marie, statue, église de Saint-Vincent, Carcassonne

C’est en 1398 qu’un certain Jean Le Crieur, questeur royal de Carcassonne, fit fabriquer à ses frais une châsse d’argent pour enfermer la précieuse relique conservée dans la cathédrale Saint-Nazaire et Saint-Celse. Ce type d’acte de piété n’était pas rare en cette époque où puissants seigneurs et hommes fortunés témoignaient de leur foi par des dons à l’Eglise et des aumônes. Le registre de la confrérie de Sainte-Anne, fondée en 1397 pour honorer la relique, contenait de nombreux témoignages de la vénération due à sainte Anne.

La Cité sous la neige (©Ph. Benoist
La Cité sous la neige (©Ph. Benoist

Ainsi lors d’un voyage du roi de France Charles IX et de sa mère, Catherine de Médicis :  « A peine entrée dans le bourg de Carcassonne avec son royal cortège, Catherine de Médicis signifia au chapitre de l’église de Carcassonne, qu’elle désirait voir, pour la vénérer, la Main sacrée de le bienheureuse sainte Anne, aïeule par la Vierge Marie, du divin Sauveur. » Le jeune roi conservera quant à lui de la Cité de Carcassonne le souvenir d’une forteresse enneigée.

La disparition de la main de sainte Anne
Le bras reliquaire de saint Julien conservé dans l'église de Biot (XVIIe)
Le bras reliquaire de saint Julien conservé dans l’église de Biot (XVIIe)

La relique était au coeur d’une procession chaque année pour le jour de la Sainte-Anne. Or si les inventaires successifs permettent de certifier la présence du reliquaire en forme de bras, dont la main est ornée de bagues jusqu’en 1754, un nouvel état des lieux dressé en 1790 signale l’absence de ces ornements. Ce n’est qu’en 1807 qu’une famille de fidèles carcassonnais, les Jalvy, restitua la relique au curé de la paroisse Saint-Vincent, une église de la bastide. La famille avait dérobé l’objet pour le mettre à l’abri des dégradations fréquentes dans les lieux de culte sous la Révolution. Près d’un demi-siècle plus tard, en 1843, le petit doigt de la sainte fut concédé à l’église Saint-Nazaire qui recouvra ainsi une partie de son trésor.

La multiplication des reliques
Le « certificat d’authenticité » de la relique de saint Nazaire (©Ph. Benoist)

Les innombrables faux qui sont apparus tout au long du Moyen-Âge pour alimenter le trafic de reliques ont largement répandu la pratique des « authentiques », ces morceaux de parchemin joints aux reliques pour en attester l’authenticité. Cette pratique est devenue d’autant plus indispensable que petit à petit, les reliques ont été fragmentées pour être remises à d’autres églises et consacrer d’autres lieux sacrés. Ainsi, on sait qu’en 1660 Mgr François-Montmorency de Laval, évêque de Nouvelle France, emporta un fragment de la main de sainte Anne à l’église de Québec au Canada. C’était un don du chapitre de l’église Saint-Nazaire. En 1879, lors du transfert des reliques dans une nouvelle châsse, la basilique Saint Sernin de Toulouse reçut un autre fragment. Enfin, en 1887, un autre doigt fut offert à la basilique Notre-Dame de Lourdes.

Monseigneur François de Laval, premier évêque du Québec, Portrait de Claude François, 1672
Ces transferts officiels approuvés par l’Eglise ne sont certainement pas les seuls et nombreux sont les véritables ou prétendus fragments de la main de sainte Anne à être vénérés dans diverses paroisses du département de l’Aude (Lagrasse, Fleury, Laforce…) ou simplement conservés par des particuliers.

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