Les rues de la Cité

Les rues de la Cité
Le saviez-vous ? L’évolution du nom des rues, odonymie selon son nom savant, est une véritable source d’informations. Elle nous en dit beaucoup sur l’histoire d’une ville, ses habitants mais aussi sur les intentions, politiques parfois mais pas seulement, des consuls, puis des conseils municipaux. Avec ses deux mille ans d’histoire, la Cité de Carcassonne a vu le nom de ses rues changer plusieurs fois.

 

Sous l’Ancien Régime, des dénominations purement factuelles
Plaque de rue (©Ph . Benoist)
Plaque de rue (©Ph . Benoist)

Sous l’Ancien Régime, la dénomination des rues répond à une fonction purement pratique de repérage dans l’espace. Si une rue permet de se rendre de la Porte Narbonnaise au château, on la désigne sous le nom de la « rue tirant de la Porte Narbonnaise au Castel ». La place sur laquelle se trouve le Grand-Puits est tout simplement appelée la Place du Grand-Puits… Progressivement, les noms se simplifient ou des noms d’usage se créent. Une rue longe-t-elle la tour qui abrite le moulin, on l’appelle rue du Moulin. S’il s’agit du four, rue du Four Saint-Nazaire ; la voie où demeurent les bouchers devient naturellement la rue des Bouchers… Certains usages toutefois sont liés à l’évolution politique de la Cité. Ainsi la place du Château est-elle nommée Place Royale… jusqu’à la Révolution où elle prend le nom de Place de la Révolution.

 

A partir de la Révolution, l’hommage aux grands hommes de la Nation
Rue de la Cité (©Ph . Benoist)

Au-delà de l’effacement systématique de toute référence au pouvoir royal ou religieux lors de la Première République, les régimes politiques qui se succèdent choisissent d’honorer les grands hommes qui incarnent leurs valeurs. L’ancienne rue Saint-Bernard qui menait au couvent du même nom est rebaptisée rue Diderot en 1883. Par la même occasion, la rue Saint-Nazaire devient rue Garibaldi et la place Saint-Sernin porte le nom de Hoche, grand général de la Révolution. Le nom des rues célèbre également les grands évènements de la vie de la Nation comme la rue de la Paix. Lors de ce même conseil municipal de 1883, les élus saluent la mémoire d’Eugène Viollet-le-Duc, décédé en 1879, en donnant son nom à la rue passant devant le château. L’ancienne rue Narbonnaise devient quant à elle la rue Cros-Mayrevieille ; les deux héros de la sauvegarde de la Cité restent indissociables.

 

carte Baedeker de la Cité en 1914
carte Baedeker de la Cité en 1914
Au XXe siècle, la célébration des grandes figures de l’histoire de la Cité

Après son sauvetage sous l’impulsion de Jean-Pierre Cros-Mayrevieille et sa restauration par Eugène Viollet-le-Duc, la Cité devient un enjeu économique majeur pour la ville du fait de sa fréquentation touristique. En 1910, les membres de la Société des Arts et des Sciences de Carcassonne forment officiellement le vœu  « que les noms des rues de la Cité se rapportent aux faits de son passé, rappelant aussi bien les actions célèbres dont elle fut témoin, que les hommes qui la défendirent, la construisirent, obtinrent sa conservation ou la restaurèrent. » Le conseil municipal réuni le 19 février 1911 donne son assentiment mais doit obtenir l’accord de l’administration des Beaux-Arts. Les débats se succèdent au sein de la société d’érudits : Alaric, Philippe le Hardi, Saint Louis, Roger le Vieux, Mahul sont les principaux noms évoqués. On parle aussi d’une rue des Mortes-Payes, d’une rue de l’Inquisition, d’une place du Cloître…

Rue de la Cité (© Ph. Benoist)
Rue de la Cité (© Ph. Benoist)

Au final, les Hoche, Diderot et Garibaldi, trop étrangers au sort de la Cité, sont évincés. Dame Carcas, le comte Roger, Agnès de Montpellier, Adélaïde de Toulouse et le vicomte Trencavel passent à la postérité. Sans oublier toutefois des hommes politiques plus proches de nous, comme le grand républicain Théophile Marcou, opposant implacable du Second Empire, qui devenu maire de Carcassonne, fit aménager en 1872 le réseau de distribution d’eau courante dans l’antique Cité…

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