Le Puits de la Sendrine

Le Puits de la Sendrine
C’est le seul puits de la Cité qui présente la particularité d’être accessible des deux côtés de l’enceinte intérieure. Il est construit dans l’épaisseur de la muraille, non loin de la Tour du Tréseau. Si nombre de tours de la Cité tirent leur nom de l’usage qu’on en faisait, ce puits reçut le sien d’un macabre fait divers survenu en 1781.
 1781 : Un cadavre de femme dans le Grands Puits
Le Grand Puits (© CS Editions)

Il est 9 ou 10h du matin, ce 29 novembre 1781, quand on découvre, dans le Grand Puits de la Cité, le corps d’une femme,  vêtue d’une jupe de laine rayée verte et rouge et d’une veste de drap vert et ocre sous laquelle elle porte une chemise blanche. Ses bas de coton sont blancs également et elle a encore sur la tête sa coiffe en toile garnie de mousseline. Les personnes présentes sur les lieux la reconnaissent tout de suite. Il s’agit de Marguerite Azéma, la femme du boulanger du faubourg de la Trivalle, quartier populaire situé sous la Cité. Le boulanger se nomme Sendry. Alors, avec le goût des populations méridionales pour les surnoms, on l’appelle la Sendrine.

Une enquête est menée
Intérieur de la Tour du Tréseau ©CMN

Son corps est transporté dans la Tour du Tréseau, qui abrite alors l’hôtel de ville de la Cité. On pratique un rapide examen. Aucune trace de violence. La femme présente juste une petite égratignure au genou gauche. Le décès est constaté. On auditionne quelques personnes qui la connaissaient.

Des témoignages concordants

Jean Galtier, traiteur à la Trivalle et voisin des Sendry, affirme que Marguerite Azema présentait depuis quelques temps des signes de folie. Témoignage corroboré par le chirurgien du quartier, un certain Pierre Boyer qui parle de discours et de comportement déraisonnables. Il est même un consul de la Cité, Jean Avar, pour accréditer la thèse de la folie. L’affaire est classée et nul n’est inquiété.

Mais la tradition populaire a voulu que ce fait divers laisse une trace dans la Cité
Le puits de la Sendrine à l’arrière-plan de cette carte postale du début du siècle (Carte prêtée par Fabienne Calvayrac)

En effet, dès lors, le puits situé près de la Tour du Tréseau a pris le nom de Puits de la Sendrine. Et lorsqu’une passionnée d’Histoire, Fabienne Calvayrac, cherchera à comprendre l’origine de ce nom, elle retrouvera la trace de cette affaire tristement banale dans les archives judiciaires conservées aux Archives départementales de l’Aude. Elle note d’ailleurs non sans humour, que si la mémoire populaire peut franchir les siècles, elle peut manquer d’exactitude : le puits auquel on a donné le nom de la boulangère n’est pas celui où la pauvrette a trouvé la mort…

Le Puits de la Sendrine (©CS Editions)
Comme nous le rappellent inlassablement les historiens, c’est toute la différence entre mémoire et Histoire. Rendons aux scientifiques ce qui leur est dû, et à l’imagination populaire ce qu’on lui doit…

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