Le voyageur du temps de SINO

Le voyageur du temps de SINO
Sino est l’un des 5 plasticiens à présenter une oeuvre dans l’exposition la Ronde des Gargouilles. Il a accepté de réinterpréter une des gargouilles dessinée par Eugène Viollet-le-Duc au XIXe pour la restauration de la basilique Saint-Nazaire dans la Cité de Carcassonne.

Artiste reconnu et influent dans le milieu du graffiti, Sino est né en région parisienne, loin de l’Occitanie. D’ailleurs, il vit depuis 1998 au Canada où il gère l’importation de matériel pour les graffeurs nord-américains et exerce son influence sur la nouvelle génération du street-art. Son travail autour de la lettre abordé dans la clandestinité et longtemps exercé sur la ligne de train Paris-St-Lazare, il le développe aujourd’hui plus sagement sur la toile au sein de son atelier.

Entre Sino et Carcassonne, une longue histoire

Qu’est-ce qui a amené le jeune banlieusard à découvrir la Cité de Carcassonne. Le hasard. Une tante qui s’installe à Caunes-Minervois, à quelques kilomètres de la ville médiévale. Puis d’autres membres de la famille qui eux aussi retapent des maisons du village.  Dès lors, Carcassonne devient la destination naturelle des vacances en famille et le passage dans la Cité, un rituel annuel au même titre que les fêtes de village dans ce coin du Minervois. De la Cité, Sino garde un souvenir émerveillé.

Le voyageur du temps
Sino dans son atelier
Sino dans son atelier

C’est cet attachement qui explique pourquoi l’artiste a immédiatement accepté la mission : recréer une gargouille. Réveillé au Canada par un appel téléphonique venu de France, il a tout de suite dit oui même si l’expérience s’est avérée plus complexe qu’il ne le pensait au départ. Son idée : considérer la gargouille comme un voyageur ayant traversé les temps. La fusion de deux époques : le Moyen-Âge marqué par la rareté et la pauvreté des couleurs et le monde d’aujourd’hui avec ses couleurs éclatantes. Ce qu’il a imaginé, c’est une créature sombre, noire, médiévale, comme progressivement rongée par la couleur, moderne. Sino n’a pas voulu entièrement couvrir l’œuvre de Viollet-le-Duc. Elle doit garder sa noirceur originelle, incarner la saleté inhérente à son temps pour se laisser gagner progressivement par les couleurs aseptisées de notre époque. Il refuse d’utiliser le terme « gangréner » trop négatif pour caractériser le passage du temps. Il préfère dire que son « voyageur du temps » se transforme insensiblement pour s’ouvrir aux couleurs. Un voyage pour lequel le graffeur a dû renoncer à ses outils traditionnels pour utiliser le pinceau. Comme si ce messager du passé qu’est la gargouille rechignait à quitter complètement son monde pour entrer dans un nouvel univers et qu’il avait réussi à imposer ses règles à l’artiste.

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