1893 : la fête de l’occitan à Carcassonne

1893 : la fête de l’occitan à Carcassonne
Première d’une longue série de fêtes populaires qui émaillent l’histoire récente de la Cité de Carcassonne, le congrès du Félibrige se tient à Carcassonne  en 1893. A l’origine de cet événement, un certain Achille Rouquet, poète occitan amoureux de la Cité, l’homme qui « inventa », selon la légende, l’embrasement de la Cité.
Le renouveau de l’occitan
La cigale, signe de reconnaissance des félibriges
La cigale, signe de reconnaissance des félibriges

Créée en 1854 par 7 poètes provençaux, l’association « le Félibrige » s’est donné pour mission de réhabiliter l’occitan et d’établir un code orthographique pour cet idiome trop longtemps réservé à l’oral. Langue des troubadours, le provençal tel qu’on l’appelait parfois au Moyen-Âge, s’est vu peu à peu banni des actes officiels autant que religieux. Avec la Révolution française et l’unification de la nation, il se voit reléguer au rang de simple patois, inspirant la méfiance des autorités républicaines comme en témoigne la légende du soldat Malpel.

 

Des concours littéraires mais aussi des fêtes
Achille Rouquet, gravure de Jane Rouquet
Achille Rouquet, gravure de Jane Rouquet

Emmené par ses fondateurs au rang desquels Frédéric Mistral, Théodore Aubanel et Joseph Roumanille, le Félibrige se structure très vite dans les grandes régions du sud de la France couvrant un vaste territoire qui va de l’Atlantique aux Alpes et des Pyrénées au Limousin. Des concours littéraires sont organisés qui favorisent l’émulation entre poètes. A Carcassonne, des personnalités comme Achille Mir et Gaston Jourdanne s’associent à la création en 1886 par Achille Rouquet de la Revue de l’Aude qui devient par la suite la Revue méridionale. En fait, le Félibrige n’est pas seulement un mouvement littéraire, il célèbre la langue mais aussi l’histoire, les traditions populaires et les productions d’un territoire, d’une région, l’occitanie. C’est ainsi que, chaque année, à l’occasion de l’anniversaire de la création de l’association, à la Sainte-Estelle, les félibres se réunissent en congrès dans une ville occitane.

 

La Sainte-Estelle à Carcassonne
L’emplacement de l’ancien cloître de Saint-Nazaire (©Archives de l’Aude)

En 1893, après Avignon, Montpellier, Albi et tant d’autres, Carcassonne accueille la Felibrejado. Du 10 au 11 mai, les manifestations s’enchaînent : accueil en fanfare à la gare de Carcassonne de Frédéric Mistral et Félix Gras, deux des poètes occitans les plus connus de leur temps ; vin d’honneur à la mairie ; conférence consacrée à l’histoire de la Cité de Carcassonne au théâtre municipal, pour se poursuivre par un banquet félibréen au cœur de la Cité, à l’emplacement de l’ancien cloître de l’église Saint-Nazaire où un buste de Frédéric Mistral est dévoilé. La soirée se termine en apothéose par une représentation de l’œuvre majeure de Frédéric Mistral, Miréio.

Un plâtre du buste de Frédéric Mistral sculpté par les Carcassonnais Guilhamat et Battut (©Musée des Beaux-Arts de Carcassonne)
Le buste de Frédéric Mistral sculpté par les Carcassonnais Guilhamat et Battut (©Musée des Beaux-Arts de Carcassonne)
La Cité à l’honneur

La cité médiévale ne constitue pas seulement le sujet de la conférence de Gaston Jourdanne, le mercredi 10 mai. Elle prête aussi son cadre aux festivités du lendemain. En fin de matinée, les félibres s’y rendent et sont accueillis par un chœur constitué des écoliers de la Cité qui entonne en leur honneur un chant de bienvenue sur l’air de l’hymne des félibriges, la Coupo Santo.

 

L’ancien cloître de l’église Saint-Nazaire, réduit à l’état de jardin depuis la Révolution, est spécialement aménagé. En haut de mâts tricolores, des oriflammes. Accoté au rempart, entre les tours du Moulin et Saint-Nazaire, un pavillon construit en charpente dont la façade est décorée de guirlandes de buis, de drapeaux et d’armoiries locales… C’est là, sur le site qui accueillera plus tard le théâtre antique, que plus de 150 convives partagent un banquet entrecoupé de lectures de poèmes, de discours, en occitan bien sûr. La conclusion de Gaston Jourdanne à ces agapes résume à elle seule le nouveau regard porté sur l’épopée cathare : « Et comme s’il y avait une justice immanente, ce sont les mêmes cloches de Saint-Nazaire qui, après avoir sonné jadis l’écrasement de Raimon Trencavel, le faidit de 1240, ont annoncé le 11 mai 1893, la prise de Carcassonne par les faidits du XIXe siècle. »

Le menu du banquet ©Archives de lAude)
Le menu du banquet ©Archives de lAude)
La Felibrejado de Carcassonne fut un réel succès. Pas moins de 80 félibres y participèrent et la population s’associa en nombre à la manifestation, les industriels locaux ayant accordé un congé exceptionnel d’une heure à leurs ouvriers pour qu’ils puissent se rendre à la gare accueillir les personnalités. Ces festivités augurent d’autres journées encore plus marquantes, et notamment en 1898, celles qui accueillirent les Fêtes de Gascogne. Elles ont en commun de célébrer l’occitan.

Source : La Revue Méridionale, Juin-Juillet 1893

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