Les barbacanes de la Cité

Les barbacanes de la Cité
Ouvrages de fortification militaire, les barbacanes jouaient un rôle important dans un site tel que la Cité de Carcassonne conçue pour résister aux sièges. Edifiées pour assurer la protection des portes ou des passages qui sont généralement des points sensibles et fragiles, elles faisaient fonction de postes avancés d’où les soldats pouvaient combattre l’ennemi depuis les meurtrières, préparer des sorties ou faire entrer des renforts. Au fil de son histoire, Carcassonne compta plusieurs barbacanes, dont une seule est parvenue jusqu’à nous, la Barbacane Saint-Louis.

 

Les barbacanes à l’époque des Trencavel

Dans le Dictionnaire raisonné de l’architecture, Eugène Viollet-le-Duc analyse le siège de 1240 à partir des témoignages de l’époque et en particulier du rapport que Guillaume des Ormes, sénéchal de Carcassonne, en fait à la régente Blanche de Castille. S’appuyant sur ses conclusions, il dresse un plan de la forteresse qui ne comprenait alors qu’une seule enceinte. On distingue nettement 4 barbacanes : l’une défendant le château, une deuxième la porte de Rodez, une troisième la porte Narbonnaise et enfin une dernière la porte Saint-Nazaire. A la fin du XIIIe siècle, Jean de Meung précisait que, pour éviter « que les portes ne soient arses par feu mis desous… », il était essentiel « d’ajouter devant elles une barbacane ».

Comme on le sait, la tentative de Trencavel de reprendre Carcassonne se solda par un échec.

 

Les barbacanes royales

Lorsque Saint Louis, puis son fils Philippe le Hardi et son petit-fils Philippe le Bel, firent édifier la seconde enceinte, ils mirent tous leurs soins à construire quatre barbacanes inexpugnables : les barbacanes Saint-Louis et Notre-Dame à l’est ; la Grande Barbacane défendant l’accès au fleuve Aude, et la barbacane de la Crémade au sud. La fonction de ces barbacanes était encore et toujours de défendre les accès à la Cité.

Les quatre barbacanes de la seconde enceinte (maquette CMN)

 

Le sommeil des remparts

Après l’échec de Trencavel en 1240, la Cité ne fut plus jamais assiégée. Après le traité de Corbeil signé en 1258 par les rois d’Aragon et de France, la Cité de Carcassonne devient le centre d’un ensemble fortifié (comprenant notamment les châteaux de Peyrepertuse, Aguilar, Termes, Quéribus, Puilaurens), défendant le royaume des incursions étrangères tout en assurant le contrôle du territoire nouvellement conquis. La signature du traité des Pyrénées en 1659 enlève à Carcassonne son intérêt stratégique. A la fin de l’Ancien Régime, des voyageurs témoignent de l’état d’abandon de la forteresse. C’est ainsi qu’Anselme Crignon d’Ouzouer décrit en 1783 « une citadelle vaste, mais tombant en ruine, que deux canons et une compagnie de miliciens pulvériseraient avant leur déjeuner. ». Le 26 brumaire de l’an XIII (le 17/11/1804), la Cité est déclassée comme place-forte militaire. Seul le château comtal et la porte Narbonnaise restent sous la responsabilité de l’armée. Le reste des fortifications est remis à l’administration des Domaines qui s’empresse de vendre ce qu’elle peut à des maçons intéressés par les matériaux.

La Barbacane Notre-Dame en 1835, lithographie dans Voyage pittoresque dans l’ancienne France du baron Taylor. (©BNF/Gallica)
La Barbacane Notre-Dame en 1835, lithographie dans Voyage pittoresque dans l’ancienne France du baron Taylor. (©BNF/Gallica)

 

La destruction de la Grande Barbacane
Localisation de la Grande Barbacane (©Sales Editions)
Localisation de la Grande Barbacane (©Sales Editions)

 

La Grande Barbacane est ainsi vendue à un industriel nommé Vialatte en 1816. Son projet : démolir la barbacane pour utiliser les pierres pour la construction d’un atelier de filature. Cet épisode marque profondément un petit garçon vivant sous les remparts dans le faubourg de la Trivalle, un certain Jean-Pierre Cros, qui a consacré une partie de sa vie la préservation de la Cité. La postérité a retenu son nom comme celui du sauveur de Carcassonne : Jean-Pierre Cros-Mayrevieille.

 

La restauration de la Cité par Eugène Viollet-le-Duc

En 1852, commence le grand chantier de restauration de la Cité. Il est trop tard pour la Grande Barbacane qui n’a jamais été reconstruite. Mais la barbacane Saint-Louis, quant à elle, fait l’objet d’une complète rénovation. La barbacane Notre-Dame qui se prolongeait vers le bourg Saint-Vincent, en ruine comme en atteste la photographie prise en 1897 par le chanoine Verguet, est démolie puis reconstruite dans l’alignement du rempart.

Plan de la Barbacane St Louis et des Portes Narbonnaises par Viollet-le-Duc (© BNF/Gallica)

Dictionnaire raisonné de l’architecture française, Eugène Viollet-le-Duc, 1854

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