Carcassonne, une cité de pierres… et de bois

Carcassonne, une cité de pierres… et de bois
Le chantier qui vient de débuter, en février 2017, et qui consiste à restaurer les hourds du château comtal, invite à se poser la question de l’utilisation du bois et le rôle du charpentier dans l’architecture militaire au travers des âges.
Le chantier de restauration des hourds (© CMN)
Des palissades de bois dès l’âge du fer

Les fouilles menées sur le site de Carsac, la « première Carcassonne » au sud de la cité, ont permis de constater l’existence de fossés creusés sur toute la périphérie du site occupé, de l’Age du Bronze à l’Age du Fer. On peut imaginer qu’ils étaient complétés d’éléments défensifs, notamment par des palissades de bois. Néanmoins les fouilles entreprises n’ont donné aucun élément sur les habitats de ce site et seuls les silos creusés dans le sol indiquent et délimitent les différentes unités familiales. Vers le milieu du VIe siècle ce lieu est abandonné au profit de la butte où se trouve la Cité. Sur cet oppidum en revanche, les traces d’habitat retrouvées en fouille attestent de constructions en torchis et argile crue maintenues par des poteaux.

 

Les hourds à l’époque romaine
Camp de César dans la forêt de Compiègne (Viollet-le-Duc)

Décrits dans les Commentaires de Jules César (Livre VIII, ch. 9) comme des éléments de défense, les hourds étaient déjà utilisés par les Romains. « Galeries en charpentes garnies de mantelets d’osier », ils garantissaient le déplacement d’une tour à l’autre à l’abri des assaillants dans ces camps de campagne construits intégralement de bois. Leur existence permettait de passer d’une défense passive à une résistance active. Ils offraient de plus aux défenseurs une plate-forme protégée en surplomb des assaillants et permettaient de lancer sur eux divers types de projectiles.

 

Esquisse de Viollet-le-Duc
Créneaux, merlons et hourds à l’époque médiévale
Esquisse de Viollet-le-Duc expliquant l'utilisation des hourds
Esquisse de Viollet-le-Duc expliquant l’utilisation des hourds

La construction de murailles en pierre et l’apparition de créneaux (les parties creuses) et de merlons (les parties hautes) n’apportaient qu’une réponse partielle à la problématique des défenseurs. Pour assaillir leurs ennemis ou même seulement les voir, s’ils étaient au pied des fortifications, il leur fallait s’exposer dangereusement aux traits de leurs ennemis. D’où la conception de hourds, ces plateformes couvertes en surplomb sur le haut des murailles, dont Eugène Viollet-le-Duc détailla la construction et le fonctionnement dans son Histoire raisonnée de l’Architecture. On a parfois dit que ces fortifications, qui ne servaient qu’en temps de guerre, étaient démontées en temps de paix. Nul doute que l’agitation autour de Carcassonne, du XIe au XIVe siècle, n’a pas souvent donné ce genre d’occasion aux occupants de la Cité. Quoi qu’il en soit, les hourds de charpente, devenus trop fragiles avec le développement des canons, ont progressivement disparu, faute d’entretien.

La restauration des hourds de Carcassonne

Elle figurait en bonne part dans le projet de Viollet-le-Duc, soucieux de recréer l’image idéale d’une forteresse médiévale. Cette reconstruction s’est déroulée sous la direction de son successeur, Emile Boeswillwald. Le 30 juin 1902, et selon les vœux du ministre de l’Instruction publique et des Beaux-arts Georges Leygues, le devis de restauration prévoit pour le château la reconstitution des galeries de hourdage entre la tour des Casernes et celle du Major.

Galerie dans les hourds (©Ph. Benoist)
En 2017-2018, un énorme chantier s’est ouvert à l’initiative du Centre des Monuments Nationaux visant à remplacer les pièces de bois défectueuses tout en conservant les parties saines. Il devrait s’achever en janvier 2018.

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