Les feux d’artifice du 14 Juillet à Carcassonne

Les feux d’artifice du 14 Juillet à Carcassonne
L’organisation de feux d’artifice, signes de liesse populaire, existe depuis des siècles en France. Pour Carcassonne, on dispose de témoignages qui remontent à 1729 avec les festivités organisées en l’honneur de la naissance du Dauphin. Mais ce sont des manifestations exceptionnelles liées à des évènements précis. La tradition de la version moderne du feu d’artifice et surtout de l’embrasement de la Cité est beaucoup plus récente. Elle est intimement liée au destin touristique du monument.
1898, la Cité de Carcassonne accueille les Fêtes de Gascogne
Affiche pour les Fêtes gasconnes (©BML)
Affiche pour les Fêtes gasconnes (©BML)

Le Félibrige est une association littéraire fondée en 1854 par de jeunes poètes provençaux, dont Frédéric Mistral, qui entendent restaurer la langue provençale.  Rapidement les autres régions occitanes rejoignent le mouvement.  De purement littéraire, il prend une dimension plus globalement régionaliste. Ainsi, dans le Sud-Ouest de la France, se crée un regroupement informel de personnalités de la littérature, de l’art et de la politique qui prend le nom de Cadets de Gascogne. En août 1898, ceux-ci organisent une itinérance dans toute la région occitane qui, en une dizaine de jours, les amène d’Agen aux gorges du Tarn. Leur chemin passe par Montauban, Toulouse, Luchon et Carcassonne. C’est à cette occasion que le 14 Août est tiré un feu d’artifice qui fait date. Sur l’idée d’Achille Rouquet, délégué des Cadets et Secrétaire Général du Comité chargé d’organiser les fêtes, on embrase des feux de bengale dans des tonneaux disposés sur les remparts. « La Cité jaillit des ténèbres avec des aspects différents, tantôt comme embrasée de lueurs d’incendie tantôt comme éclairée de magnifiques reflets de lune… » lit-on à l’époque dans La Revue Méridionale.

Affiche pour la Micheline, Jean-Pierre Laurens, lithographie (© BML)
Affiche pour la Micheline, Jean-Pierre Laurens, lithographie (© BML)
Pérennisation des feux d’artifice et de l’embrasement

Devant le succès de la manifestation, Achille Rouquet propose à la municipalité de renouveler l’événement chaque année. L’idée est adoptée. Depuis lors, tous les 14 Juillet, date de la fête nationale, la Cité résonne des explosions de bombes, mortiers et autres fusées, l’odeur de poudre flotte dans l’air et la fumée envahit les lices. Des centaines de milliers de personnes se massent sur les ponts et les berges de l’Aude pour admirer le spectacle.

Les feux d’artifice de la Cité aujourd’hui
Feu d'artifice à Carcassonne (© Ph. Benoist)
Feu d’artifice à Carcassonne (© Ph. Benoist)

Une entreprise basée près de Toulouse, Lacroix-Ruggieri, a été intimement associée à cette aventure. Il est peu d’éditions où le célèbre feu d’artifice et l’embrasement de la Cité ne lui aient pas été confiés. Son directeur artistique, David Proteau, nous confie  : « Créer un spectacle pyrotechnique, c’est chaque fois différent. Il faut respecter l’âme du lieu. Ici, nous devons valoriser la Cité, ne pas la desservir tout en assurant la sécurité du monument et celle du public. Partout ailleurs, nous ne pourrions pas approcher avec nos bombes à moins de 650 mètres de la Cité. Mais ici, nous bénéficions d’une dérogation. Parce que l’embrasement fait partie de l’histoire de la Cité, de son patrimoine… »

Une vitrine du savoir-faire pyrotechnique français
L'embrasement de la Cité (© Ph. Benoist)
L’embrasement de la Cité (© Ph. Benoist)

« Carcassonne représente pour nous ce qu’est un défilé pour une maison de couture. Nous lui réservons nos nouveautés avant de les proposer ailleurs. Nous avons même créé pour la Cité une couleur de feu de bengale que nous avons appelé le rouge de Carcassonne. Nous la réservons à l’embrasement de la Cité. C’est un rouge teinté d’orange dont la fumée légère laisse transparaître la forme des remparts pour créer cet effet d’incendie sans dénaturer le monument. En 2007, pour le centenaire de la révolte vigneronne, nous avons pensé qu’elle incarnait parfaitement la colère du peuple qui s’est exprimée dans la région. »

David Proteau ne pense pas qu’à l’avenir, l’innovation viendra des explosifs eux-mêmes. Les contraintes environnementales sont trop importantes. Par contre, il est persuadé que les progrès viendront des systèmes de mise à feu qui permettront une plus grande précision dans les motifs dessinés dans le ciel. Alors, rendez-vous dans quelques années pour apprécier les futurs feux d’artifice.

Occitan, Occitanie, Catalogue d’exposition, archives départementales de l’Aude, 2017

 

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