Le sauvetage et la restauration de la Cité de Carcassonne (XIX ͤ siècle)

Le sauvetage et la restauration de la Cité de Carcassonne (XIX ͤ siècle)

Dans une société qui a développé son attachement au patrimoine, on a tendance à croire que les monuments sont éternels. Détrompez-vous. Ce n’est pas toujours le cas aujourd’hui. Pire, il y a quelques décennies, les vestiges architecturaux étaient parfois considérés comme une nuisance qui empêchait toute urbanisation ou, au mieux, une simple carrière où l’on allait se servir en matériaux. Carcassonne n’a pas échappé au phénomène et a même failli disparaître. Deux hommes ont mené le sauvetage et la restauration de la Cité de Carcassonne.

La restauration de la basilique

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C’est en 1840 que la basilique Saint Nazaire est déclarée monument historique et, à ce titre, bénéficie de la protection des autorités nationales.

Ce classement, on le doit à Jean-Pierre Cros (pas encore Mayrevieille), avocat, historien, journaliste et élu Carcassonnais, qui ne peut se résoudre à voir la Cité de Carcassonne démantelée et promise à l’oubli. En effet, d’ores et déjà, les autorités militaires envisagent de déclasser le site en tant que place forte militaire. Prosper Mérimée, inspecteur général de la Commission des Monuments Historiques, écrit dans son rapport à ladite  commission: « … le Génie militaire a converti en bastions quelques vieilles tours. Dans quelques années toutes les traces de l’ancienne ville auront disparu.»

Dans quelques années toutes les traces de l’ancienne ville auront disparu.

Pas plus loin qu’en 1816, le chantier de construction d’une manufacture a provoqué la démolition de la barbacane qui jusqu’alors défendait l’accès de la Cité du côté de la ville basse. La situation est donc quasi désespérée.

Le combat de Cros-Mayrevieille

Mais c’est sans compter sur la détermination du jeune avocat. Agé d’à peine 26 ans, il rejoint les rangs de la Commission des Arts et des Sciences voulue par le Préfet de l’Aude. Cette société savante est chargée de rassembler les objets et œuvres d’art des alentours pour constituer un musée. L’objectif est, partout en France, de célébrer l’identité nationale. Devoir de mémoire et connaissance du passé en sont les fers de lance.

Cros-Mayrevieille, entame lui-même des fouilles archéologiques dans l’église Saint-Nazaire et y découvre, dans l’ancienne sacristie, émergeant du remblai de terre, la tête d’un personnage portant mitre d’évêque. Les travaux de dégagement permettent d’identifier le sarcophage d’un évêque du XIIIe siècle, Radulphe, Razouls en occitan. Grâce à cette découverte, Cros-Mayrevieille remporte son premier combat, le classement de la basilique, et obtient qu’un jeune architecte, nommé Eugène Viollet-le-Duc, en dirige les travaux de restauration.

Viollet-le-Duc, une vision romantique et réaliste du moyen-âge

Pour cet architecte féru d’Histoire, l’Eglise Saint-Nazaire, autrefois cathédrale et pas encore basilique, n’est pas un premier chantier. Il compte à son actif de nombreux travaux de restauration dont les plus prestigieux sont sans doute la basilique de Vézelay, le Mont Saint-Michel, la cathédrale Notre-Dame de Paris ou encore la Sainte-Chapelle, toujours à Paris. Pourtant, il est encore plus jeune que Jean-Pierre Cros Mayrevieille, de 4 ans son cadet.

Passionné par le Moyen-Age, il publie un monumental Dictionnaire Raisonné de l’Architecture Française du XIe au XVIe siècle. Son travail sur les plus beaux sites du patrimoine national lui permet de mettre en perspective les constats réalisés sur ces divers monuments et lui donnent l’audace d’extrapoler là où les indices manquent.

Cette rigueur associée à une grande créativité lui vaudra parfois des critiques mais c’est son travail de restauration sur la Cité de Carcassonne qui justifiera le classement de cette dernière au Patrimoine Mondial de l’Humanité.

Cros-Mayrevieille et Viollet-le-Duc, deux hommes pour une Cité

La collaboration entre les deux hommes se poursuivra bien au-delà de la restauration de la Basilique Saint-Nazaire.

Fort de son premier succès, l’avocat Carcassonnais bataille inlassablement pour sauver tout ce qu’il peut des fortifications. Devenu Inspecteur des Monuments Historiques, il obtient, à force de ténacité, qu’un rapport sur l’ensemble des fortifications soit commandé à l’architecte. La réponse de la Commission des Monuments Historiques est sans appel : « Tout cet ensemble […] est condamné à une mort plus ou moins rapide. […] Il est donc urgent de conserver par les dessins ces ruines qui fournissent encore les renseignements les plus précis et qu’il serait impossible de conserver. »

Le 8 Juillet 1850, la Cité de Carcassonne perd son statut de place forte et l’Armée s’apprête à s’en dessaisir. Mais, encore grâce à l’activisme des érudits, emmenés par Cros-Mayrevieille, les élus locaux protestent : c’est un coup de théâtre. Le décret de déclassement est annulé et, en 1852, les travaux de remise en état sont engagés, d’abord sous la double autorité des Monuments Historiques et du Génie militaire puis sous la supervision unique de Viollet-le-Duc. La double enceinte fortifiée va survivre. Mais pas l’amitié entre les deux hommes qui s’affronteront sur leur conception du monument restauré.

Cros-Mayrevieille décidera même de quitter Carcassonne pour s’installer à Narbonne.

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