La tour Malpel

La tour Malpel
Vous aurez beau chercher sur les plans, vous ne trouverez pas de tour Malpel dans la Cité de Carcassonne. Pourtant, il se peut qu’au détour d’une ruelle, vous entendiez une maman apostropher son gamin d’un « S’es pas satge, pitchon, t’envoiarem jogar dal violon dins la torn de Malpel! ». En français, cela donne « Si tu n’es pas sage, petit, je t’enverrai jouer du violon dans la tour de Malpel. » Quel est donc ce croquemitaine qui hante la Cité et de quelle tour peut-il être question puisqu’elle ne figure sur aucune carte ?

 

La Révolution française face à la guerre de la Coalition

C’est le 20 Avril 1792 que l’Assemblée nationale constituante déclare la guerre au Saint-Empire dont la présence massive de troupes aux frontières de ce qui est encore le Royaume de France inquiète. L’armée, profondément désorganisée, essuie plusieurs défaites et subit des désertions massives. Dans ce contexte, l’Assemblée procède à des levées massives de troupes en faisant appel à des volontaires. Circonscriptions récemment créées, les Départements sont chargés de fournir des bataillons pour renforcer l’armée. Cette intégration de « civils » dans le dispositif militaire eut entre autres conséquences que ces bataillons gardèrent leur cohésion d’origine et purent élire leurs officiers de moindre rang.

 

L’armée des Pyrénées-Orientales
Le général Dugommier
Le général Dugommier

Au début de l’année 1793, l’Espagne et le Portugal rejoignent la coalition austro-prussienne qui combat le gouvernement révolutionnaire français. Le 17 avril 1793, les troupes espagnoles envahissent le département des Pyrénées-Orientales. Le Vallespir est occupé, Perpignan menacé. En janvier 1794, la nomination du général Dugommier à la tête de l’armée des Pyrénées-Orientales renverse la situation. La victoire décisive du Boulou en mai 1794 lui assure la reconquête du Roussillon, et, de la fin 1794 à l’été 1795, ce sont les troupes françaises qui désormais opèrent en Catalogne espagnole.

 

Le soldat Malpel
La Tour St Paul surnommée Tour Malpel,à gauche de l'entrée du château comtal
La Tour St Paul surnommée Tour Malpel,à gauche de l’entrée du château comtal

La légende veut que des volontaires originaires de Carcassonne aient été cantonnés au domaine d’Auriac (actuelle commune de Carcassonne). Certains de ces volontaires y auraient été conduits par un dénommé Malpel, que ses chansons en occitan avaient rendu très populaire et qui fut élu capitaine par ses pairs. Malpel faisait faire l’exercice à ses troupes au son de refrains languedociens. Dugommier qui ne les comprenait pas s’imagina qu’il s’agissait de chansons royalistes et ordonna à Malpel de les faire cesser. Désobéissant aux consignes, Malpel fut mis aux arrêts dans la tour Saint-Paul, l’une des tours du château comtal. C’est de cette prison qu’il aurait, accompagné d’un violon, continué à chanter ses airs occitans.

 

Voilà pourquoi vous ne trouverez pas la tour Malpel sur les cartes de la Cité. Il s’agit d’une dénomination populaire attribuée par les habitants de la Cité à une des tours du château comtal, la tour Saint-Paul qui servait alors de prison militaire. Tout comme la Tour de la Vade familièrement appelée Tour du Papegay, ou la Tour du Trésau dite aussi Tour de la Sendrine, elle fait partie de ces tours affectueusement rebaptisées par les ciutadins.

Revue Folklore, N° 63, été 1951, GARAE

 

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