La vente de Carcassonne

On se fait parfois une idée très romanesque du Moyen-Age. Le fracas des combats couvre souvent la petite musique beaucoup plus prosaïque de l’Histoire. Et si, loin des batailles et des sièges abondamment rapportés par les historiens de l’époque et commentés par les poètes, il avait existé une autre réalité : celle de tractations politiques et financières entre hommes et femmes de pouvoir qui n’avaient d’autres motivations que celle d’accroître leur zone d’influence et, partant, leurs domaines, sources de revenus… C’est ce contexte qui a généré un épisode peu connu de l’histoire de la Cité : la vente de Carcassonne.
Comtés, une organisation féodale des territoires
Charlemagne (camée ©BNF)

Bien avant les Etats, étaient les comtés. Organisés par les premiers souverains carolingiens, les comtés sont des territoires administrés par le comte, agent du roi, qui l’a chargé de prélever en son nom l’impôt, de rendre la justice et d’organiser la levée des troupes. Quelques noms de comtes de Carcassonne nous sont parvenus essentiellement grâce à des actes conservés par les grandes abbayes. Il y eut donc Bellon et son fils, Gisclafred, au tout début du IXe siècle puis Oliba, de 820 à 837.

Un jeu d’alliances entre grandes familles

Les comtes obtiennent au fil du temps une certaine indépendance et, à la suite de l’affaiblissement du pouvoir royal, leur charge devient héréditaire. C’est ainsi que des dynasties se créent et que les grandes familles commencent à développer un système d’alliances par des mariages qui renforcent leur pouvoir et concentrent les richesses. Les comtes de Toulouse et les comtes de Barcelone sont les deux grandes puissances féodales en ce début du XIe siècle. Et leur rivalité se traduit tout autant sur le plan matrimonial que sur le champ de bataille. C’est ainsi qu’au milieu du XIe siècle, Raimond Bérenger Ier, comte de Barcelone, fait enlever Almodis de la Marche, épouse de Pons II comte de Toulouse, à qui d’ailleurs elle a donné quatre enfants.

Raimond Bérenger I et son épouse Almodis (Archives de la Couronne d’Aragon)
Toulouse, Barcelone, Carcassonne, Foix, Béziers, Gérone…. un réseau tentaculaire

C’est l’époque des très grandes régions. Sous le gouvernement de Raimond Bérenger Ier et de sa nouvelle épouse, le comté de Barcelone connaît un essor considérable, bénéficiant d’arrivages massifs d’or (tributs versés au comte catalan par les émirs musulmans voisins). Cette prospérité l’amène à porter ses regards vers le Languedoc.

La vente de Carcassonne
Ermessende de Barcelone

En 1067, Roger III, comte de Carcassonne, petit-fils de Roger le Vieux, meurt sans descendance. Raimond Bérenger Ier, comte de Barcelone, figure dans la longue liste des prétendants à l’héritage. En effet, sa grand-mère n’est autre qu’Ermessende, elle-même fille de Roger le Vieux. Il dépense sans compter (5000 onces d’or) pour s’assurer  la totalité des droits sur Carcassonne en désintéressant les deux sœurs du défunt. L’une de ces dernières n’est autre qu’Ermengarde. Elle est aussi l’épouse d’un certain Raimond-Bernard Trencavel. De quoi provoquer bien des rebondissements dans l’histoire de la Cité… mais ceci est une autre histoire que nous vous conterons plus tard !

Un équilibre précaire entre grandes familles

En 1209, l’équilibre est fragile. Les deux grands comtés de Toulouse et de Barcelone se regardent en chiens de faïence. Tout est prêt pour de nouvelles batailles…

Cartes des comtés en 1209 (ODEJA)

 

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