Les mortes-payes, garnison de la Cité

Les mortes-payes, garnison de la Cité
Pour garder une place-forte, encore faut-il des forces armées. A quoi serviraient des remparts, des tours, des barbacanes… sans soldats en armes pour les défendre ? Ce fut longtemps le rôle des mortes-payes,garnisons présentes dans les places fortes du royaume que ce soit à Narbonne, dans les châteaux frontières des Corbières ou dans la Cité de Carcassonne. La charge devenue héréditaire est assortie d’une solde.

 

Une origine controversée
Bernard Aton donnant sa fille Ermengarde en mariage, Liber Feudorum Maior, 1192
Bernard Aton donnant sa fille Ermengarde en mariage, Liber Feudorum Maior, 1192

A l’époque féodale, les armées de métiers n’existent pas. Ce sont les différents vassaux d’un seigneur qui s’engagent à lui fournir un soutien militaire en contrepartie de terres cédées en fief et pour lesquelles ils ont prêté serment. Dans l’Histoire générale du Languedoc, Dom Devic et Dom Vaissette situent l’origine des « mortes-payes » après 1120 : les habitants de la Cité se sont soulevés contre leur seigneur, Bernard Aton Trancavel, qu’ils ont chassé de la ville. Une fois la révolte matée, ce dernier confisque les biens des rebelles et donne en fief à ses fidèles tours et maisons des insurgés. A charge pour eux de les entretenir et d’en assurer la défense. Aucun document de cette époque ne confirme cependant cette hypothèse.

Une milice royale
Archer, Dictionnaire raisonné de l'architecture française, Eugène Viollet-le-Duc
Archer, Dictionnaire raisonnéde l’architecture française, Eugène Viollet-le-Duc, 1868

Pour l’archiviste Joseph Poux, ces sergents d’armes sont créés par Saint Louis après la croisade contre les Albigeois afin de défendre cette nouvelle place-forte royale. Placée sous l’autorité du sénéchal, cette garnison aurait été constituée à l’origine de 220 hommes. Ces charges sont peu à peu captées par des familles locales et deviennent héréditaires à partir de 1335. En 1308, l’évêque Pierre de Rochefort fonde la confrérie Saint-Louis à laquelle adhèrent les sergents de la Cité, réunis en confrérie dans l’église Saint-Sernin aujourd’hui disparue. Au XVIIe et XVIIIe siècle, on trouve tous les corps de métiers représentés parmi les mortes-payes de la Cité ; la charge devient surtout honorifique et leur nombre diminue de moitié. L’institution perdure jusqu’à la Révolution.

Des missions militaires mais aussi protocolaires

Placé sous les ordres du capitaine gouverneur de la Cité, le corps des mortes-payes continua d’exister jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. Cependant, son entretien et son équipement en armes incomba progressivement aux consuls qui, en l’absence du gouverneur, exerçaient le contrôle et la police des gardes. Ceux-ci devaient assurer un service de garde en armes de 24 heures à la Porte Narbonnaise. Ils avaient la possibilité de se faire remplacer en cas d’indisponibilité. Ils devaient également être présents lors de cérémonies comme la fête patronales, la messe dominicale ou toute manifestation officielle. D’ailleurs tambours et fifres faisaient partie de la compagnie. C’est en 1790 que le corps fut dissout et qu’il fut enjoint aux mortes-payes d’incorporer la garde nationale. Ils furent indemnisés par le Comité de liquidation de l’Assemblée Nationale. En effet, ils avaient acheté leur charge ou en avaient hérité et celle-ci était considérée comme un bien. A cette date, on comptait 109 offices dont 2 étaient détenus par des chapelles de l’Eglise Saint-Sernin!

Les mortes-Payes, détail de la fresque de Pringuet dans l hôtel de la Cité
Les mortes-payes, détail de la fresque de Pringuet dans l’hôtel de la Cité (© Philippe Benoist)
Ce corps participe dès le Moyen Age aux festivités de la Cité. Durant la fête du Papegay (perroquet en occitan), les sergents participent à un concours de tir à l’arc devant la tour de la Vade où se tenait, dit-on, leur garnison. Pour la Saint-Louis (25 août), les mortes-payes assistent à la messe en l’église Saint-Sernin et reçoivent leur solde devant la tour du Tréseau. Henri Pringuet, professeur de dessin au lycée de Carcassonne, a immortalisé sur les murs de l’Hôtel de la Cité, en 1927, quelques scènes de la vie médiévale. Parmi celle-ci on trouve la fameuse fête du Papegay et une procession où l’on distingue les mortes-payes en armes juste derrière l’évêque

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Joseph Poux, La Cité de Carcassonne, ed Privat, 1938

Histoire Générale de Languedoc, Devic et Vaissette, 1745

 

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