La tour de la Charpenterie

La tour de la Charpenterie
L’approvisionnement en bois et sa mise en œuvre constituait un enjeu important pour une ville fortifiée telle que Carcassonne dont les hourds représentaient un élément défensif essentiel. Dès lors, il ne faut pas s’étonner de ce que la Cité ait vu l’une de ses tours réservée au stockage du matériau et outils des charpentiers. Elle s’appelait la Tour de la Charpenterie.
Sénéchal, connétable et maîtres artisans au service du roi
Mare historiaum, 1447-1475, détail d'une enluminure (©BNF)
Mare historiaum, 1447-1475, détail d’une enluminure (©BNF)

Si dès l’occupation royale, le sénéchal occupe une place prépondérante en tant que représentant officiel du roi à Carcassonne, il s’appuie sur la personne d’un connétable, véritable chef militaire, chargé de commander la garnison mais aussi d’assurer la surveillance et l’entretien des ouvrages de défense. Selon Joseph Poux, il était assisté de deux maîtres-artisans, un maçon et un charpentier. Ces deux personnes exécutaient à l’aide de main d’œuvre locale les travaux de construction qui leur incombaient. Maître-maçon et maître charpentier recevaient trois sous par jour et étaient logés dans la Cité.

La Tour de la Charpenterie, un lieu de stockage pour la forteresse
Charpentiers (détail du plafond peint de la cathédrale de Téruel, XIVe)
Charpentiers (détail du plafond peint de la cathédrale de Téruel, XIVe)

C’est lors de la transmission de la charge d’un maître charpentier à un autre qu’un inventaire est dressé en 1298 par ordre du lieutenant du sénéchal. Il recense des pièces de machines de guerre aussi bien que des câbles, cordages, ferrures de portes, roues de char… et du bois.  En fait, la Tour de la Charpenterie constituait un véritable arsenal en même temps qu’un dépôt pour tout ce qui pouvait servir à stocker eau et denrées comme cuves de grande capacité ou encore sel pour conserver les aliments. En somme, les réserves et outils pour soutenir un siège. L’inventaire cite même des outils servant à battre monnaie !

La charpenterie au service de toutes les places-fortes de la sénéchaussée
Galère, détail d’une enluminure des Grandes Chroniques de France (©BNF)

En 1326, lorsque le roi Charles IV forma le projet d’organiser une croisade contre les Sarrasins, il chargea le vicomte de Narbonne de mener l’expédition. C’est auprès du charpentier royal de Carcassonne que l’émissaire du roi s’approvisionna en bois pour les vingt galées, deux navires à trois ponts et quatre galiotes nécessaires aux chantiers narbonnais. La croisade n’eut finalement pas lieu.

C’est aussi auprès du charpentier royal de Carcassonne que s’approvisionnent les forteresses défendant la frontière avec le royaume d’Aragon comme Quéribus, Peyrepertuse, Aguilar, Puivert ou Quérigut. De nombreux transports, en particulier d’armes, partaient de Carcassonne pour approvisionner ces places-fortes qu’on appelait les « filles de la Cité ».

Du service du roi au commerce

Progressivement, les charpentiers-royaux devinrent artisans-commerçants. Ainsi, au XVe siècle, le charpentier avait-il ouvert un magasin adossé à la courtine se situant entre la Tour de la Charpenterie et celle du Moulin d’Avar. Une anecdote raconte qu’il vendit une pièce de bois pour fabriquer le mouton de la cloche de l’église Saint-Michel.

Tour de la Charpenterie (dessin de Viollet-le-Duc, ©BNF)
Tour de la Charpenterie (dessin de Viollet-le-Duc, ©BNF)
Progressivement nombre de services au roi suivirent la même évolution. C’est ainsi que Carcassonne oublia peu à peu sa vocation militaire pour devenir une cité presque comme les autres…

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