Un hôtel pour la Cité

Un hôtel pour la Cité
Le spectaculaire chantier de restauration des fortifications, lancé par Eugène Viollet-le-Duc en 1852 et poursuivi par ses successeurs, a attiré l’attention sur la Cité. La diffusion de gravures et le développement de la photographie font naître l’intérêt de visiteurs qui sont de plus en plus nombreux à faire le déplacement pour découvrir la plus grande forteresse médiévale d’Europe. La construction du Théâtre Antique en 1908 contribue également à l’afflux de visiteurs. La Cité, une fois que ses lices sont débarrassées des masures qui y étaient construites, se transforme peu à peu en destination touristique.
La construction de l’hôtel de la Cité

Quelques Carcassonnais jouent les précurseurs en créant le premier établissement hôtelier au sein de la Cité. Michel Jordy et Jean Cadenat se lancent dans l’aventure en 1909. Au-delà de sa vie professionnelle d’huissier de justice, Michel Jordy est un historien passionné par sa ville, doublé d’un photographe. Il est surtout convaincu du formidable potentiel que représente le tourisme pour Carcassonne et n’hésite pas à créer une société d’édition pour publier ouvrages et cartes postales qui en assurent la promotion. Michel Jordy et son associé décident de la construction d’un hôtel sur le site de l’ancien palais de l’évêque.

l'évêque (© CS Prod))
Situation du palais de l’évêque (© CS Prod))
Hôtel de la Cité (carte postale)

Le palais épiscopal situé entre le parvis de l’église Saint-Nazaire et les remparts occidentaux de Carcassonne, abandonné pour la ville basse dès la fin du XVIIIe siècle et menacé à plusieurs reprises de démolition, a été en grande partie détruit pendant la Révolution. Lors de la campagne du Roussillon, en 1792, il a servi provisoirement de lieu de casernement. En 1795, il est vendu et démoli. Lorsque les deux associés décident d’y créer un hôtel, ils construisent un bâtiment accueillant, d’une demi-douzaine de chambres. Or, avec les milliers de visiteurs affluant à Carcassonne (50 000 en 1913), l’établissement se révèle rapidement trop petit. Dès 1913, on procède à un premier agrandissement qui consiste à adjoindre un deuxième corps de bâtiment à l’existant, créant ainsi des chambres supplémentaires.

La décoration néo-médiévale de l’hôtel de la Cité dans les années 1920
"Féodalité" de Jacques Ourtal
« Féodalité » de Jacques Ourtal

Lors du second agrandissement réalisé en 1925 – qui ne se fait pas sans une vive réaction de la population et des sociétés savantes considérant que la Cité allait être défigurée-, trois artistes, carcassonnais d’adoption, contribuent à la décoration de l’hôtel de la Cité : Henri Sivade, Jacques Ourtal et Henri Pringuet. Le premier, héraldiste passionné, dessine les blasons omniprésents sur les verrières, vitraux, bas-reliefs et fresques de l’hôtel. Le second réalise en 1926 quatre toiles immenses représentant le site à divers moments de son histoire, depuis l’Oppidum Gaulois à la Splendeur royale en passant pas l’Epoque romaine et la Féodalité. Ces toiles ornent le jardin d’hiver de l’hôtel. Quant au dernier, c’est lui qui réalise, pour le fumoir de l’établissement, une vaste fresque qui représente la vie dans la Cité au Moyen-Âge.

Les fresques d’Henri Pringuet
Détail de la fresque de Pringuet ©Ph. Benoist)

Si, dans le jardin d’hiver, Jacques Ourtal s’est appliqué à représenter le site de la Cité à diverses époques, Henri Pringuet s’attache quant à lui exclusivement à la période qu’Ourtal a qualifiée de Splendeur royale, c’est-à-dire le XVe siècle. Les trois fresques qui parent la partie haute des murs principaux, et les deux qui encadrent les fenêtres de la pièce, représentent de manière très académique et idéalisée des scènes de vie dans la Cité. On y retrouve ainsi les Vendanges, le Bal de Saint-Nazaire sur le préau de la Cité, le Marché au parvis de Saint-Nazaire, la Procession en l’honneur de la relique de la main de Sainte-Anne en la Cité et les Exercices du Papegai. En tout, ce sont des centaines de personnages qui sont représentés de manière très détaillée sur cette fresque pour laquelle on sait qu’Henri Pringuet choisit des modèles au sein des familles de la région.

La transformation de la Cité en site touristique est irréversible. Son économie en sort gagnante mais, démographiquement, son déclin s’accentue. Bientôt,elle ne compte plus un seul hôtel  compte mais plusieurs…

 

Mémoire de maîtrise d’Histoire de l’Art

Sophie-Reine Blondeau

Université de Toulouse le Mirail

Septembre 2005

 

Laisser une réponse

Votre adresse ne sera pas divulguée.